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Les femmes camerounaises, internet et l’amour

Je me suis vraiment faite plaisir hier lors de la conférence donnée par Baba Wamé sur l’appropriation de l’internet au Cameroun par les femmes camerounaises, au sein de la session « love in the 21st century » de LIFT09. La vidéo peut être trouvée ici: http://www.nouvo.ch/liftvideo

Avec un humour tout africain, de la simplicité, de l’humilité et un amour visible pour ses soeurs africaine, Baba nous a raconté le temps passé par les femmes sur les sites de rencontres, en quête de l’homme blanc qui saurait engendrer le métis tant attendu et amener l’argent si nécessaire à la survie de la famille (un joli terme, « mon western union« , désigne l’ami à 6000 km, l’échange a commencé, l’homme est testé en demandant de l’argent pour l’école et ça arrive par Western Union). En particulier

  • L’aménagement de boxes dans les cybercafés (avec rideaux à l’arrière pour plus de discrétion lorsque le correspondant numérique veut voir plus que le sourire). La très grande majorité des camerounais n’accède à internet que depuis des cybercafés;
  • L’importance à garder de bonnes relations avec les moniteurs du cybercafé. Le moniteur est va parfois être celui qui reproduit par écrit sur le web les détails donnés en dialecte par la femme (qui ne sait pas écrire et connait mal le français);
  • Le caractère essentiel du mysticisme et du marabou local, qui indique la couleur du corsage que doit porter la femme pour mieux séduire, ainsi que les heures appropriées pour se connecter;
  • La source de l’argent nécessaire pour payer le cybercafé, encore très cher: le père, les enfants, les cousins ou l’oncle, tous intéressés dans l’affaire;
  • La cible d’âge: non pas 25-35 ans, mais au minimum 40 ans, 50 ans, c’est mieux, 60 ans, c’est parfait (l’homme jeune étant pauvre, ennuyeux et demandeur d’attention);
  • L’influence de Dieu dans toutes les décisions. Et de la fidélité;
  • Et l’importance également de la communauté des femmes, les monitrices, qui ensemble, collectent les données sur chaque homme, et avertissent leurs soeurs de ceux qu’il faut éviter;
  • Et l’usage de la poésie, dont il donne un exemple, très beau: Impose ta chance, serre ton bonheur et va vers ton risque. A te regarder, ils s’habitueront. René Char;
  • Les femmes s’inscrivent parfois comme « célibataires » alors qu’elles sont mariées et ce… avec l’accord de leur mari ! Cela m’a rappelé un diner un soir à la maison, avec un des collègues chercheurs de mon mari, africain, mais pour quelques mois en France (femme et enfants restés au pays). Lors de ce diner, il nous déclare « je suis beaucoup plus proche des enfants de ma soeur que de mes propres enfants ». Regards perplexes. Et il reprend « oui, les enfants de ma soeur, je suis sûr qu’ils sont de mon sang… les miens, non. ». Le tout dans la bouche d’un quarantaire très respectable;
  • Et puis le plus triste. Un ROI (retour sur investissement :-)) de l’ordre de 10% (le mariage), mais aussi… dans 60% des cas, le trottoir. La femme mariée à Yaoundé, qui part pour la Suisse ou la France et qui dans la majorité des cas… se retrouve dans une filière de prostitution, et qui ne reviendra jamais car revenir sans argent… est exclu. Donc, la femme ne revient pas;
  • Une note positive toutefois. Même si certaines des femmes se retrouvent sur le trottoir, elles sont vivantes. Alors que beaucoup partent en barque… et se noient.

J’ai beaucoup ri. Beaucoup souri. Et beaucoup apprécié cet exposé, tellement révélateur des différences culturelles entre les pays. Différences d’usage. Et ces nouveaux usages créent un nouveau vocabulaire. Tel que le western union précédemment signalé. Mariage affection.org (mariage fait par le biais d’internet). Couple Internet (femme noire, homme blanc).

Bravo Baba et merci.

La conférence qui suivait, de Frank Beau, sur metromantics (internet messages about romantic encounters in Paris’ metro) m’a laissé un goût un peu métallique dans la bouche. Très impressionnée par son bagoût, sa richesse de vocabulaire et son inventivité (pauvres traducteurs cependant…), je ne peux m’empêcher de renacler un peu à l’idée qu’une personne puisse être payée par la RATP pour développer un délire pareil. Je dois être trop psycho-rigide, trop ingénieur, pour apprécier. Aie.

Note ultérieure: Frank clarifie le fait que la majeure partie de son intervention est totalement indépendante de son travail à la RATP. Donc soit. Reste la beauté du mot et l’imagination, à saluer.

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